Sarah Caillard

Artiste plasticienne
Sarah Caillard (Paris, 1988) vit et travaille à Bruxelles. Diplômée de La Cambre, Bruxelles, en 2014, où elle a obtenu un Master en Arts Visuels, Sculpture et Vidéo, elle a reçu la même année le Prix de la Fondation Moonens. Ses expositions récentes incluent Concrete Sweethearts au CC Strombeek, Room Tone à la STANCE Gallery de Stockholm, et Butterfly in the Stomach chez Ruttkowski;68 à Cologne, parmi d'autres expositions solo et collectives en Belgique et à l'international. En septembre 2027, elle présentera une exposition solo chez Ruttkowski;68 à Paris, avec qui elle a également participé à Art Brussels et NADA Paris.

Sarah Caillard (Paris, 1988) vit et travaille à Bruxelles. Diplômée de La Cambre, Bruxelles, en 2014, où elle a obtenu un Master en Arts Visuels, Sculpture et Vidéo, elle a reçu la même année le Prix de la Fondation Moonens. Ses expositions récentes incluent Concrete Sweethearts au CC Strombeek, Room Tone à la STANCE Gallery de Stockholm, et Butterfly in the Stomach chez Ruttkowski;68 à Cologne, parmi d'autres expositions solo et collectives en Belgique et à l'international. En septembre 2027, elle présentera une exposition solo chez Ruttkowski;68 à Paris, avec qui elle a également participé à Art Brussels et NADA Paris.

La pratique de Sarah Caillard réunit sculpture, dessin, peinture, vidéo et installation autour d'une question centrale : comment les images, les gestes et les récits s'inscrivent-ils en nous ? Au cœur de son travail se trouve la notion d'empreinte, envisagée comme trace physique, mémoire et transmission invisible. Elle s'intéresse à ce qui nous habite et nous précède : mythes, archétypes, images populaires, souvenirs et récits collectifs. Le corps occupe une place centrale dans cette recherche. Moulé, fragmenté, déformé ou «glitché», il devient le lieu où se rencontrent différentes formes de hantise et de transmission. Caillard rejoue des poses issues de l'histoire de l'art et de la culture contemporaine, mettant en contact icônes anciennes, imagerie pop et imaginaires intimes.

Pour l'exposition Sous Influence, Sarah Caillard présente deux sculptures, Concrete Sweethearts 1 et Levante, rejouant chacune une figure canonique de l'histoire de l'art occidental : le nu allongé et la Vénus. Ces deux figures appartiennent à une longue tradition dans laquelle le corps féminin est construit comme objet du regard. Pourtant, dans les sculptures de Caillard, la figure n'est plus offerte à la vue comme un corps complet. Elle apparaît plutôt comme une empreinte, une absence, un fantôme formel.

Dans la première salle, Concrete Sweethearts 1 met en scène le nu allongé dans un état de duplication. La sculpture au sol entre en dialogue avec une pièce murale qui reprend les éléments archétypaux de la même figure, comme si le corps se dédoublait - ou se remémorait - à travers l'espace. Le moulage est au cœur de cette transformation. Plutôt que de modeler ou de tailler le corps, Caillard l'enregistre par contact, préservant sa trace tout en révélant simultanément sa disparition. La pose classique commence à «glitcher» : le corps interfère avec lui-même, se fragmente et échappe à sa forme attendue. Marqué par sa propre empreinte, il devient à la fois présent et partiellement défait, un corps s'échappant des conditions dans lesquelles il a historiquement été représenté, tout en restant pris dans celles-ci.

Le béton et l'inox intensifient cette tension. Face à une structure industrielle, l'empreinte corporelle apparaît à la fois massive et vulnérable, fixe et instable. La rugosité de la surface, ses accidents et ses ruptures, introduit un sentiment de temporalité : le corps semble se former, s'éroder et disparaître simultanément. Incrustée dans le béton, la dentelle fonctionne comme une seconde peau, mettant en contact la délicatesse et la mémoire codée de l'ornement avec la dureté d'un matériau industriel.

Sur les deux sculptures, des microbilles rétroréfléchissantes se rassemblent à la surface comme des gouttes, ne devenant pleinement visibles qu'en relation avec la lumière et le mouvement du spectateur. La présence du corps demeure donc instable, jamais entièrement donnée. Dans Levante, cette fluctuation est attachée à la figure de la Vénus elle-même : sa surface vacille et se retire selon l'angle depuis lequel elle est vue, faisant de la visibilité une condition du mouvement plutôt qu'un état fixe.

Caillard ne se contente pas de citer des poses historiques ; elle déplace les conditions de leur visibilité. Le nu allongé et la Vénus, traditionnellement associés à l'idéalisation et à la disponibilité du corps féminin au regard, deviennent des sites de tension entre présence et absence, visibilité et effacement, mémoire et transformation. Les sculptures conservent les gestes de ces figures familières tout en les faisant «glitcher». Ce qui apparaît d'abord reconnaissable devient étrange, instable, presque inquiétant.

Le corps n'est plus présenté comme un objet à regarder, mais comme une trace qui regarde en retour à travers sa propre disparition. En préservant le geste tout en perturbant ses codes visuels, Caillard transforme la figure classique en un site de résistance, où les images et postures héritées ne sont pas effacées mais rendues instables, exposant la manière dont elles continuent de façonner notre regard.

Sarah Caillard