Marco Emmanuele
Marco Emmanuele s’est imposé ces dernières années comme une figure singulière de la scène italienne contemporaine. Son travail a été présenté dans des institutions majeures telles que le MAXXI à Rome, la Fondazione Pastificio Cerere, la Biennale di Gubbio ou encore le Museo d’arte moderna e contemporanea d’Anticoli Corrado. Finaliste du Premio Cairo en 2023, il a également été artiste en résidence à Paris et à Milan.
Son travail prend forme à partir de matériaux qui ne sont jamais neutres, mais portent en eux une histoire de tensions : fragilité et résistance, perte et persistance. La poudre de verre, ce qui subsiste après la fracture, n’est pas un simple résidu, mais un seuil, une condition liminale où déchet et possibilité coïncident. Sur la toile, cette matière se dépose comme une peau sensible, un champ de réfraction dans lequel la lumière ne se contente pas d’éclairer : elle retient la mémoire et rend visible ce qui a émergé de la brisure.
Les sculptures en sable et en verre fusionné prolongent cet état d’instabilité. Le sable, élément originel et intrinsèquement instable, et le verre, matière transformée par un processus irréversible, coexistent dans une forme suspendue, en équilibre entre permanence et dissolution. Il ne s’agit pas d’objets achevés, mais de structures traversées par une tension interne, où l’erreur, la fissure et l’asymétrie ne sont pas des défauts, mais des lieux de sens.
Dans le cadre de The Paradoxes of Abundance: Between Treasure and Ruin, son travail habite l’espace du reste, de ce qui persiste après l’excès et après l’effondrement. Fragments, traces et accumulations de matière et de lumière deviennent des dispositifs de mémoire. L’abondance n’y apparaît pas comme la promesse d’une plénitude, mais comme une condition ambiguë, déjà traversée par la possibilité de la perte. La ruine ne survient pas après coup : elle est inscrite dans le processus même, dans la pulvérisation, la fusion et l’exposition constante à la fracture.
La beauté qui en émerge n’est ni intacte ni définitive. C’est une beauté fragile, qui advient à travers des gestes de transformation et de réparation, dans la tentative de maintenir ensemble ce qui tend à se disperser. Les œuvres n’évoquent pas une nature idéalisée, mais une matière blessée qui continue d’exister, de réfléchir, de résonner. En ce sens, le verre et le sable deviennent les figures d’une terre vivante et vulnérable, à l’image de notre propre condition : instable, contradictoire, et pourtant encore capable de lumière.